En lisant, en écrivant : l’Heptaméron

jeudi 15 février 2007 par Rédaction

En étudiant, dans le cadre des cours de français, « le roman et la nouvelle », nous avons évoqué l’œuvre de Marguerite de Navarre, grande dame cultivée du XVIème siècle, sœur de François 1er. L’envie d’imiter l’Heptaméron, à notre façon, avec notre vécu de lycéens du XXIème siècle, a germé dans l’esprit de plusieurs d’entre nous. C’est ainsi que sont nées ces nouvelles. Nous les avons écrites avec plaisir et nous espérons que vous aurez le même plaisir à les lire.

Classe de seconde 8.

Projet placé sous la responsabilité de Madame Kajjaj, professeur de lettres classiques. Les nouvelles écrites par les élèves seront réunies et publiées sous forme d’une plaquette en fin d’année scolaire.

Belle journée

Le grand loup courut, remonta le ruisseau, gravit péniblement un escarpement plus haut que les autres, se tapit dans un buisson et attendit. De là il pourrait voir sans être vu et se reposer quelques instants.

On était en plein automne, la forêt était resplendissante. Au moindre coup de vent des milliers de feuilles de toutes les couleurs volaient au milieu d’un ciel azuré. Il n’avait pas fait aussi beau depuis des semaines et pourtant une ombre noire flottait devant les yeux du loup. « C’est lors d‘une journée comme celle-ci que Flamme noire est morte, se dit il, et si je ne les sème pas rapidement j’irai bientôt la rejoindre ». En effet sa mère avait été tuée par des chasseurs quelques années auparavant. « Les hommes ont vraiment le dont de gâcher les bonnes journées. Quelle matinée magnifique ! s’exclama-t-il, mais j’aurais préféré un autre rôle ! » Il s’était décidé à rire de sa situation plutôt que d’en pleurer. Lui chasseur des plus redoutés traqué comme un vulgaire lapin !

L’aboiement des chiens le tira de ses pensées. Il avait été repéré. Le loup repartit en courant mais ses assaillants le rattrapèrent rapidement. Ce dernier cherchait une issue, en vain. « Ces crocs m’ont l’air fort aiguisé, non, je n’irais pas à droite... A gauche ce n’est pas mieux, un ravin ! Puisque je ne peux pas les semer, allons où ses messieurs nous mènent. »Il continua donc de courir droit devant lui. Une pierre glissa sous ses pattes et lui fit perdre l’équilibre. Une balle le manqua de peu. Sa frayeur l’amena à faire demi tour mais les chiens l’obligèrent bientôt à rebrousser chemin. « Tout compte fait le ravin est plutôt accueillant » se dit-il. Il l’atteignit en peu de temps mais un chasseur se postait là. Il entendit un bruit assourdissant et ce fut comme si le temps s’était arrêté. Il vit avec netteté le ciel d’un bleu limpide, une feuille rouge tombant à terre, flamme noire...

Voici le destin des loups, mourir par une belle journée d’automne. Qu’ont-ils faits pour mériter cela ?

Annie

Ephémère liberté...

Ses problèmes avaient commencé il y a environ un mois. Sa copine l’avait quitté et son meilleur ami avait été victime d’un accident. Et puis, il y avait les parents... Ils avaient décidé de divorcer. Ce fut la mauvaise nouvelle de trop.

Son premier réflexe avait été de se tailler les veines, afin de laisser son sang couler librement. C’était la seule souffrance qu’il réussissait encore à contrôler.

Mais comprenant très vite que cela n’aboutirait à rien, il avait alors décidé de changer radicalement de vie : la fugue lui paraissait la meilleure solution.

C’était décidé, dans trois jours, à la veille de la nouvelle année, il partirait.

Le jour venu, il vérifia qu’il n’avait rien oublié, laissa une lettre à sa mère, ouvrit la fenêtre et partit à jamais. Il avait pris la résolution de s’éloigner le plus possible de sa ville natale, afin de fuir tous ses souvenirs.

Il marcha donc, courant parfois, puis prit le bus, s’arrêtant de temps à autre dans un fast-food quand la faim devenait insoutenable. « C’est sûr, se disait-il, ma mère s’inquiètera ». Mais il ne changea pas d’avis, ne revint pas en arrière, si bien qu’à la nuit tombée, il se trouvait à environ cent cinquante kilomètres de son point de départ, comme il l’avait prévu. Et c’est alors qu’il réalisa l’ampleur de son acte.

Ce soir, le soir du réveillon, le soir où tout le monde ferait la fête jusqu’au petit jour, il devrait trouver un pont sous lequel s’abriter pour passer la nuit.

Ce soir, il serait seul. Tout seul...

Marie et Camille

Une journée extraordinaire

Ce matin là, Nicolas se réveilla à 8H30, fatigué. En effet, il avait peu dormi en raison de l’excitation. Il faut bien l’avouer il était un peu stressé ! Depuis 8 jours, il savait que son père avait acheté des places pour France - Nouvelle-Zélande. La semaine lui parut interminable mais le grand jour était enfin arrivé. Nicolas allait enfin voir son équipe favorite de rugby depuis les tribunes. Plus le moment du départ approchait, plus son impatience grandissait. Ce n’était pas un simple match, mais le premier match des « Bleus » vu par Nicolas au stade de France ! Et quel stade ! Depuis trois ans, depuis ses débuts au rugby, il avait rêvé de ce moment ! En plus, on lui offrait l’occasion d’assister à une affiche extraordinaire, de très haut niveau. Et la cerise sur le gâteau, cette rencontre France- Nouvelle Zélande serait la centième et à cette occasion, une grande fête serait organisée avec le rassemblement de tous les joueurs qui avaient participé à toutes les rencontres précédentes ! De la musique, des pom pom girls, des fumigènes, des ballons aux couleurs de la France... Encore chez lui, il imaginait l’ambiance ! Un coup de klaxon provenant de la voiture paternelle le fit revenir à la réalité. Il prit son sac contenant l’équipement du « parfait supporter » : l’appareil photo, les jumelles, les banderoles, le klaxon. Il rejoignit son père, vêtu de son maillot de l’équipe de France et l’écharpe autour du cou, objets fétiches achetés trois ans auparavant ! Et oui, lorsque l’on devient fan, on le reste !
Direction Saint-Denis ! Durant le trajet, il se maquilla bien évidement aux couleurs de la France : bleu, blanc, rouge. Ce trajet fut bien long, trois heures, ponctuées de ralentissements. A l’heure du déjeuner, il découvrit le stade de France : « gigantesque ! » s’écria-t-il. Il était impressionné, mais lorsque le stade entier chanta l’hymne national, il frissonna. Puis ce fut enfin le moment du haka : un silence impressionnant se fit dans la tribune. Le coup de sifflet strident de l’arbitre retentit, couvrant tous les autres bruits. Le coup d’envoi du début de la rencontre profita aux Bleus, « C’est un bon signe, çà »se dit Nicolas. Il savoura la rencontre sans perdre une minute du jeu. Pendant une heure trente, il lui sembla être sur une autre planète à admirer toutes ces stars de l’ovalie. Lorsque l’arbitre siffla la fin du match sur le score de 20-21 pour les « All Blacks », Nicolas ne fut même pas déçu de la défaite mais que ce soit déjà la fin de ce match. Certes il aurait préféré assister à une victoire française, mais il y était à ce match, victoire ou défaite peu importait ! Il avoua à son père qu’il avait passé la plus belle soirée de sa vie.

Et pendant le retour, il ne put s’empêcher de revivre chaque action du match en la commentant avec son père. Il finit par tomber dans les bras de Morphée, heureux de cette extraordinaire journée.

Adrien et Benoît

Le premier envol

L’aéroport de Roissy est un endroit impressionnant, même pour un adolescent de 14 ans comme Adrien.
A l’heure de prendre l’avion pour la première fois, et tout seul, il ne pouvait s’empêcher de repenser aux événements actuels, en l’occurrence, l’arrestation de terroristes au Royaume-Uni. Ironie du sort, il se rendait également outre-Manche pour passer une semaine en compagnie d’une famille anglaise.

« Tu verras, ça va bien se passer » le rassura sa mère.

— J’espère au moins qu’il n’y aura pas de terroristes. » dit-il avec un sourire forcé.

Quand le haut-parleur annonça l’embarquement du vol numéro 712 à destination de Londres, il embrassa ses parents et il se dirigea vers la zone d’embarquement.

S’en suivit alors une multitude de contrôles pour détecter d’éventuels objets suspects. C’était interminable et peu à peu, l’impatience remplaçait l’inquiétude.

« Au moins, je suis sûr qu’il n’y aura pas de problèmes dans l’avion » pensa-t-il.

Et puis, après une très longue attente, il embarqua enfin.
Il était placé à côté d’un hublot de sorte qu’il ne pourrait rien rater du voyage.

Un adolescent, à peu près du même âge, vint s’asseoir à côté de lui :

« Salut, toi aussi tu vas en Angleterre ?

— Oui, je vais chez une famille anglaise que je connais un peu.
— Tout seul ! Tu vas vraiment progresser en anglais. Moi, je fais le voyage avec mes parents, on va visiter les lieux célèbres de Londres.
— Si ça se trouve, on se rencontrera à nouveau dans la ville !
— Ca serait une drôle de coïncidence. »
La discussion continua ; les adolescents abordant différents sujets comme le sport, le collège etc....

Ils ne remarquèrent presque pas le décollage malgré les secousses. Adrien admira un peu plus tard le passage au dessus de la Manche, tel un grand miroir bleu.

Plus tard, l’atterrissage, toujours impressionnant la première fois, interrompit la discussion des deux jeunes : Ils étaient arrivés en Angleterre !

Adrien, qui ne connaissait que Roissy, ne s’attendait pas à voir un endroit aussi gigantesque.

En effet, l’aéroport de Londres était immense et, durant quelques instants, il pensa ne pas retrouver ses hôtes britanniques.
Heureusement, il les aperçut et après une journée chargée en émotion, il retrouva le confort d’un foyer.

Adrien et Kancel

Le match truqué

Mercredi 5 novembre 2001, soit 3 jours avant la finale de la coupe UEFA opposant l’Olympique de Marseille à Pirme, l’un des événements les plus médiatisés, M. Andrew Philippé, jeune arbitre de 24 ans, choisi par la FIFA pour arbitrer cette finale, reçut un coup de téléphone de M. Patterson, président du club de Pirme :

— « Bonjour M. Philippé, excusez moi de vous déranger à cette heure matinale (il était 7h du matin), mais j’ai appris par la FIFA que c’est vous qui alliez arbitrer la finale de l’UEFA qui se déroulera samedi après-midi. »

— « C’est exact, je suis très content de voir que la FIFA a confiance en moi, et je ferai tout mon possible pour que ce match se déroule dans les meilleures conditions, soyez-en certain ! »

— « Justement, c’est sur ce point que je voulais insister. Voyez-vous, auparavant Pirme était un grand club, mais malheureusement aujourd’hui, c’est un club qui se meurt. Les budgets sont très faibles et les recrutement quasi inexistants. Si Pirme remportait la coupe de l’UEFA samedi, cela relancerait complètement le club : la victoire nous apporterait une grosse rentrée d’argent qui nous permettrait de pouvoir recruter de nouveaux joueurs et les medias parleraient de nous. La coupe de l’UEFA est vitale pour la survie de Pirme, c’est pour cela que je vous propose un chèque de 500 000 euros si vous faites en sorte que nous remportions le match. C’est une offre très intéressante vu votre jeune âge, vous pourriez réaliser des projets, assurer votre avenir ! Réfléchissez bien ! »

Et il raccrocha.

Andrew était dans une impasse. 500000 euros n’est pas une somme qu’on vous offre tous les jours mais il hésitait encore, il n’avait jamais triché auparavant et l’idée de truquer la finale ne lui plaisait pas, même si l’enjeu était de taille : 500000 euros, rendez-vous compte !

Il prit finalement sa décision. Le lendemain il donna son accord à Patterson. Pourtant plus la finale approchait, plus il avait de remords : l’offre était très intéressante mais valait-elle la peine de truquer un match ? De mettre sa carrière en danger ? Il n’en était pas convaincu et prit donc la décision de refuser l’offre, sans prévenir Patterson.

Le jour de la finale, Andrew rentra sur le terrain en arbitre neutre et la conscience tranquille : au bout de 90 minutes il siffla la fin du match qui vit l’OM remporter la coupe UEFA sur le score de 2-1.Andrew était satisfait de sa décision mais Patterson, furieux de s’être fait rouler. Le jour qui suivit la finale, il dénonça l’OM pour avoir payé Andrew.

L’affaire fit beaucoup de bruit, et aujourd’hui le procès est encore en cours.

Andrew, dégoûté par cette histoire et terrorisé par les menaces qu’il recevait régulièrement, décida de se retirer du monde du foot professionnel et reprit ses études à la Fac.

Younes E./Jordan P.

Le grenier d’Alexandra

Cet après-midi, Alexandra est pour la première fois seule chez elle. Ses parents travaillent, ils ne rentreront pas avant ce soir et elle n’a ni frère ni sœur qui pourraient venir troubler sa tranquillité. Ses devoirs terminés elle décide de descendre dans le salon où elle trouve son chat roulé en boule devant la cheminée. Le chat tout heureux ronronne doucement. En découvrant son pull-over couvert de poils, Alexandra décide d’allumer la télé. Elle remarque que son chat monte au grenier, comme il en a l’habitude. La petite fille s’installe dans le canapé, indifférente, mais sent une chose dure sous elle. Elle saisit l’objet et s’aperçoit que c’est une clef ! Il ne lui faut pas plus de trois secondes pour comprendre que c’est la clef de la porte du grenier. C’est le seul endroit de la maison où, aussi loin que remonte sa mémoire, elle n’est jamais allée. Mais aujourd’hui papa et maman ne sont pas là et ce grenier à toujours intrigué la petite fille ! Je ne cours aucun risque en allant y jeter un petit coup d’œil, se dit elle.

Elle monte alors l’escalier sur la pointe des pieds comme par peur que quelqu’un ne l’entende ! Elle glisse lentement la clef dans la serrure et la tourne délicatement, puis elle ouvre la porte en tremblant un peu. Elle entre dans une petite pièce. Ses yeux s’habituent progressivement à l’obscurité et lui permettent de voir une multitude d’objets entassés les uns sur les autres. Une question traverse l’esprit d’Alexandra. Pourquoi mes parents m’ont-ils toujours interdit de venir dans ce grenier ? Il n’y a rien d’intéressant ici se dit la petite fille. Elle s’apprête à descendre quand elle voit une porte dans un des coins de la pièce. Elle s’en approche et pose sa main sur la poignée. Son esprit est alors envahi par la peur. Papa et maman ne m’ont pas interdit de monter sans raison, pense la petite fille. Sa curiosité triomphant de sa peur, elle ouvre la porte.

Un petit couloir très sombre s’offre à elle. Un frisson la parcourt à la vue d’une grosse araignée qui rentre dans une des fissures du mur. Elle sent comme une présence autour d’elle. En levant légèrement la tête, elle remarque une dizaine de paires d’yeux fixés sur elle. Elle pousse un cri d’effroi et se colle au mur. Les visages d’un blanc lugubre semblent se rapprocher d’elle. Prise de panique et ne sachant que faire, elle se laisse glisser le long du mur qui lui arrache la peau du dos. Mais peu importe ! Alexandra n’a qu’une idée : partir ! Partir et ne jamais revenir ! Elle passe sa main sur le mur quand elle tâte à sa droite une petite niche creusée dans la pierre. Elle y pénètre et s’y sent un peu à l’abri. Elle ferme les yeux et essaye de tout oublier ! Ce n’est rien, rien du tout ! se dit-elle. Mais elle n’y arrive pas ! Elle ne peut pas oublier ses visages ! Comment le pourrait-elle ? Un souffle léger tout près d’elle lui glace le sang ! Tous ses sens sont en alerte lorsqu’une main la saisit par l’épaule. La petite fille hurle ! Elle se débat si violemment que son agresseur est obligé de lâcher prise. Elle s’apprête à s’enfuir quand elle reconnaît le doux visage de sa maman ! La petite fille s’abandonne corps et âme dans les bras de sa mère ! Elle regarde autour d’elle, dans la pièce maintenant éclairée. Elle ne voit que de belles poupées en porcelaine, accrochées au mur ! C’est donc cela qui m’a tant fait peur ! pensa Alexandra un peu honteuse : la caverne d’Ali Baba de maman où elle range ses poupées de collection.

Aline

Le croiriez-vous ?

L’année dernière j’ai eu un accident de voiture et je suis tombée dans le coma. J’y suis restée jusqu’au mois dernier. Un an à devoir respirer avec un appareil.
Vous ne me croirez pas, mais j’ai vu, pendant un an, ma famille et mes amis défiler à mon chevet. Ou du moins l’ai-je rêvé ou imaginé...
J’ai regardé ma mère qui pleurait les premières semaines : elle me croyait perdue et moi je ne pouvais la consoler. J’ai vu les infirmières mettre un peu partout dans la chambre les nombreuses fleurs que mes amis m’envoyaient. Je les observais qui se relayaient à mes côtés, ma mère qui venait une fois par semaine avec des albums photos pour me parler de mon enfance.
J’ai entendu aussi les médecins dire à mes parents que mon état était stationnaire. Et puis j’ai constaté au long des jours, que mes amis venaient me voir de moins en moins souvent. Les derniers mois, il n’y avait plus que mes parents qui me rendaient visite. Ma chambre n’était plus fleurie.
Quand je me suis réveillée, tous mes amis sont revenus ; il y avait à nouveau des fleurs un peu partout. Mais quand je leur ai dit, à eux tous, que pendant un an, je les avais vu défiler à mon chevet, ils ne m’ont pas crue... J’ai pourtant insisté. Je leur ai pourtant raconté des moments dont eux seuls pouvaient se souvenir, des détails que les autres ignoraient. Malgré cela ils ne m’ont pas crue.
Comme vous sûrement !

Julie

La peur de la mer

Dimanche 15 juillet :
« Mais non maman, ne t’en fais pas tout ira bien ! »
Lucie, 16 ans, lève ses yeux verts vers le ciel en soupirant, comme elle le fait quand elle est exaspérée. Elle entasse ses vêtements dans le grand sac à dos bleu que lui a confié son père avec bien des recommandations. Sa mère, Madame Foulquier, la regarde pousser en boule le dernier tee-shirt (qu’elle lui avait patiemment repassé) dans un coin du sac. Elle se mortd les lèvres, elle ne dit rien, l’ambiance est déjà assez tendue.
Demain matin, M. et Mme Foulquier conduiront leur fille unique au train de 7 heures 12 qui l’emmènera jusqu’à la gare de Marseille où l’attendra la tante Sophie. Tout est bien organisé mais, ce voyage que Lucie leur réclame depuis des mois, ils n’en voulaient pas. Quelle idée ? Un séjour en colonie d’adolescents à côté de Porto Vecchio ! Leur petite Lucie, qu’ils n’avaient pas vu grandir, qui ne les avaient jamais quittés, voilà qu’elle voulaient s’évader du nid familial pour aller sur les plages corses. Et puis d’abord, chez les Foulquier on prend toutes les vacances à la montagne, pour « se ressourcer » comme dit son médecin de père, profiter du grand air, loin de la bousculade des vacanciers.

Lundi 16 juillet :
Un quai de gare, la foule, les hauts-parleurs, des vacanciers joyeux qui partent ou qui arrivent et puis la tante Sophie qui agite les bras. « Regardez-moi ça ! Elle a encore grandi la petite ! ...Tu es bien palotte, le soleil et les vacances vont te faire le plus grand bien ! » Sophie, 35 ans, célibataire endurcie voudrait tout montrer de Marseille, le Vieux port, la Canebière, Notre Dame de la Garde... Lucie ouvre tout grand ses yeux. Sa tante lui parle à présent presque comme à un adulte, mais Lucie répond de façon évasive, elle est trop préoccupée par le rendez-vous de ce soir, à 20 heures précises, pour embarquer.

Mardi 17 juillet :
Tout est passé si vite ! La rencontre avec les quinze autres jeunes venus des quatres coins de la France, les trois accompagnateurs - ils ont l’air sympa bien qu’un peu stressés par l’organisation. La traversée a paru interminable. Lucie a lié amitié avec Elodie, une parisienne qui passe toutes ses vacances à la mer. « Tu verras, c’est trop beau !la mer, la montagne, les plages, le soleil,..., et la liberté ! ».

Elles partagent toutes les deux la même chambre du centre de vacances. Après l’installation et le déjeuner, au programme de cet après-midi : plager !

A quinze heure, le soleil est toujours de plomb. Sur la plage de sable blanc, Lucie et Elodie se sont étendues sur leur drap de bain et contemplent le paysage paradisiaque. Soudain Stéphane, l’animateur sportif secoue tout le monde « Allez les cachets d’aspirine ! On se bouge ! Le dernier à l’eau fera la vaisselle ! » Tout le monde s’est levé d’un bond, sauf Lucie, surprise, qui est restée assise. Ils sont déjà à quelques dizaines de mètres et se précipitent vers le bleu de la mer. Elle voudrait les suivre mais ses jambes ne lui obéissent pas, elle reste assise. Voilà que le plus rapide se jette dans les vagues et soudain, Lucie ne comprend plus, tout tourne autour d’elle, elle se sent prise d’une véritable panique, elle respire de plus en plus difficilement, elle ne voit plus le groupe, elle ne reconnaît plus personne sur la plage, elle voudrait être loin, très loin de cet endroit qui lui paraît si brusquement menaçant. La tête entre les bras, elle sanglotte.

« Qu’est ce qui ne va pas Lucie ? » Elodie, revenue la chercher, voit que son amie est très mal.

C’est Stéphane qui l’a pratiquement portée jusqu’à l’infirmerie.

Mercredi 18 juillet :

Lucie a passé une nuit épouvantable. On craignait une insolation et on a fait venir le médecin. Ca ne semble pas grave a-t-il dit, sans doute de la fatique et le dépaysement, un peu de repos et ça ira mieux. Dans la journée, Lucie somnole un peu mais elle se réveille toujours en sursaut, de peur de refaire le même cauchemard.

Jeudi 19 juillet :

Lucie a refait le même rêve, un visage d’enfant blanc comme un linge, des vagues, des hurlements, l’épouvante. Ce visage la hante toute le journée, elle n’a pas d’appétit. Le responsable du centre est décidé, si ça ne va pas mieux demain, il appelle les parents.

Vendredi 20 juillet :

Elodie est encore venue rendre visite à Lucie, elle lui a apporté plein de petits présents de la part du groupe, elle lui parle des balades à faire, des pitreries d’Antoine, le clown de service. Mais Lucie l’écoute à peine, elle a un poids énorme sur l’estomac, elle ne sait pas ce qui lui arrive et toujours ce visage d’enfant qui la regarde fixement.

A midi, Didier, le directeur, déccroche le téléphone et compose le numéro des Foulquier. C’est madame qui répond :
« Bonjour Madame, Didier Deschamps, responsable du centre de séj... » Il n’a pas fini sa phrase qu’il entend un hurlement au bout du fil.

« Mon dieu ! je savais qu’il y aurait encore un malheur ! Mais qu’est-ce que j’ai fait !... » Didier a bien du mal à se faire entendre et à apaiser Mme Foulquier.

Samedi 21 juillet :

Les parents Foulquier sont arrivés en fin de matinée. Ils ont voyagé toute le nuit. Ils ont pris l’avion jusqu’à Bastia, puis ont loué une voiture. Ils ont fait irruption dans le bureau de Didier, paniqués « Où est-elle ? »

Dans sa chambre, Elodie est affaiblie, elle s’alimente au minimum et lutte en permanence contre le sommeil et ses cauchemards. Mme Foulquier se jette dans ses bras « Ma petite ! Ma toute petite ! J’ai tellement eu peur de t’avoir perdue toi aussi . »

Dimanche 22 juillet :

Ils sont tous les trois dans la voiture.Monsieur Foulquier conduit, l’air sombre. Fini le séjour, Lucie a échangé son adresse avec Elodie, elles se sont juré de se revoir, Elodie voudrait tellement comprendre ce qui est arrivé à son amie.

Lucie ferme les yeux, les cauchemards ont l’air de disparaître, les voix de ses parents la rassurent. Elle se sent un peu honteuse. Et puis les paroles de sa mère, la veille, lui reviennent. Pourquoi a-t-elle dit « toi aussi » ?

Lundi 23 juillet :

Lucie a dormi jusqu’à midi, sans cauchemard. Aujourd’hui elle restera avec sa mère, elles ont décidé de faire de la pâtisserie, elles sont presque joyeuses, mais Lucie a cette question qui lui brûle les lèvres : pourquoi « toi aussi » ?

Mardi 24 juillet :

Lucie a reçu une carte d’Elodie. « Tu nous manques ! » Lucie ne se sent pas le courage de répondre, cette question l’obsède. C’est décidé, elle va la poser à sa mère, quand elles seront toutes les deux.

Mercredi 25 juillet :

Il est quatorze heures, Monsieur Foulquier est reparti à son cabinet. Lucie s’est rapprochée de sa mère qui lui tourne le dos. « Maman, samedi, tu as dit : j’ai eu peur de t’avoir perdue toi aussi »
Madame Foulquier reste immobile. Elle ne dit rien, puis se retourne les yeux pleins de larmes.

« Il fallait bien que tu le saches un jour...il ne faudra pas nous en vouloir...c’était pour toi...pour te protéger...pour...

— Mais quoi Maman ?
— Viens ! »
Madame Foulquier se dirige dans sa chambre, elle attrape une petite valise cachée sur l’armoire et l’ouvre devant Lucie. Des vêtements de petit enfant, quelques jouets, une peluche et puis la photo. Lucie reconnaît immédiatement le visage de ses cauchemards, sauf que sur la photo, ce sont des yeux verts pleins de vie qui lui sourient.

Jeudi 26 juillet :

Lucie écrit une longue lettre à Elodie. Elle a tant à lui apprendre sur sa vie, sur ce qui lui est arrivé. Cet enfant qui l’a hantée s’est noyé il y a près de 15 ans devant ses yeux, sur une côte bretonne, sans que personne ne puisse rien faire. Cet enfant c’était son jumeau.

Emilie

Jeunesse torturée

Il est étendu sur son lit.

Ce n’était pas sa première fois. Un soir que sa mère l’avait battu, cette idée lui avait traversé l’esprit. Il ne l’avait mise à exécution que le lendemain, après les cours. Il fit cela seul, dans sa chambre, comme en ce jour fatidique : une impression de puissance, de contrôle de lui-même l’avait alors envahi. Ce moment fut pour lui un véritable exutoire. Tous ces doutes, toutes ses frustrations à propos de l’école, de son avenir, de sa mère, de ses amis, des filles...Envolés ! Pendant cet instant, il fut totalement maître de sa destinée.

Cette sensation lui plut tant qu’il recommença. D’abord pour se libérer des grosses déprimes, puis des petits tracas quotidiens. Ponctuellement, puis de plus en plus régulièrement. Avec parcimonie puis sans précaution ! Seul, puis accompagné de son âme sœur, la seule personne qui le comprenait vraiment.
Rencontrée par hasard...non pas par hasard : grâce au destin ! Elle était rapidement devenue une intime.Il en était le premier surpris : d’habitude il était très méfiant à légard de tout le monde. Son secret en était un après tout, et dangereux qui plus est !
Il se livra donc. Ses prières furent exaucées puisqu’elle le comprenait et partageait même son point de vue. Cette rencontre donna un nouveau sens à sa vie. Son amie devint sa raison de vivre.

Mais cette liberté avait un prix. Sa mère remarqua plusieurs fois son teint pâle, sa frilosité : couvert de la tête aux pieds, été comme hiver. Ses amis s’en étaient rendu compte également. Il s’était donc éloigné d’eux, ne leur trouvant plus d’intérêt. Son seul bonheur était les instants privilégiés qu’il partageait avec son alter ego.

C’est l’un de ces moments qu’il s’attend à vivre encore aujourd’hui. Mais il comprend immédiatement à l’arrivée de son amie : son visage...Tout de go, elle lui déclare que son père a découvert leur secret, qu’il ne veut plus qu’elle le revoit.

L’annonce le révolte. Pourquoi ne peut-elle passer outre ? Lui désobéir ? Venir le voir la nuit ? Ne compte-il donc pas pour elle ? Comme si elle lisait en lui, elle explique que son père, au moindre faux pas, demandera sa mutation pour mettre le plus d’écart possible entre elle et « le fou »comme il l’appelle. Et sur ce, elle le quitte en claquant la porte.

Au comble du désespoir, il se libéra comme il savait si bien le faire. Malheureusement, aveuglé par ses larmes, il remonte haut le long de son bras, trop haut...

Il est étendu sur son lit : corps blanc déposé sur un linceul rouge.

Amélie M.
Stéphanie A.

J’attends

(inspiré de la chanson écrite et interprétée par Shurik’N : "J’attends")

J’ai eu une enfance très difficile, dans un des quartiers les plus défavorisés du Bronx. Ma mère nous élevait seule, moi et mes cinq autres frères et soeurs. Elle travaillait 16 heures par jour, dans un endroit dont elle ne nous a jamais parlé et où elle ne gagnait que 450 dollars par mois. Elle était évidemment très endettée, mais arrivait toujours à nous nourrir, nous habiller et nous faire aller à l’école.

L’école, je n’y étais pas très brillant, j’étais dernier de classe... J’avais un manque total de motivation. On me disait toujours que l’on travaille pour son avenir, mais dans mon cas, on se préoccupe du présent. Moi, je pensais que je n’avais nullement besoin d’avoir de bonnes notes. Ce qu’il me fallait, c’était de l’argent, pour vivre mieux le plus vite possible. J’ai donc quitté l’école très tôt, je séchais les cours sans que ma mère s’en aperçût. Je traînais dans la rue en cherchant un moyen de "gagner" de l’argent : larcins minables et autres escroqueries, vol à la sauvette,... Ce n’états pas très enrichissant, mais pour un gamin de mon âge, c’était mieux que rien...

Puis à force de passer ses journées dehors, on rencontre des personnes de sa génération qui ont un peu la même vie que soi, les mêmes galères. Des liens se tissent. 0n se revoit souvent, presque tous les jours...

Ma mère a fini par découvrir que je n’allais plus à l’école - je rentrais plus tard que mes frères et soeurs depuis quelques temps. Un soir je me suis fait disputer pendant une bonne heure, mais elle ne pouvait rien y faire, je ne voulais pas retourner là-bas, quoi qu’elle en dît.

Tous les jours, je traînais dans le rue avec mes nouveaux amis. On jouait, on rêvait, on riait, on râlait, on essayait de trouver de l’argent par tous les moyens. On allait en ville pour regarder les gens riches, les belles voitures, les jolies femmes : pour nous c’était ça la vie !

Et on a grandi pendant très longtemps comme ça. Au fur et à mesure que le temps passait, je rentrais de moins en moins chez ma mère. La majorité approchant, je décidai que je devais me débrouiller seul. Cela ferait moins d’argent à dépenser pour ma mère. Mes amis avaient fait la même chose. On avait trouvé un "logement", une cave sous un immeuble, on y passait toutes nos nuits. La journée, c’était comme d’habitude, on ne faisait rien... De temps en temps, on profitait d’une occasion pour empocher 20 ou 30 dollars... On continuait à aller en ville pour regarder la vie de rêve, la vie de ceux qui ont réussi. Pourquoi eux et pas nous ? Qu’ont-ils de plus que nous à part la chance d’être nés sous une bonne étoile ?

On buvait, on fumait. Beaucoup. Il fallait bien passer le temps... Et pendant ce petit moment de détente, on refaisait le monde, on était riche, on avait une vraie vie, une femme, une belle voiture, une belle maison. Beaucoup d’années se sont écoulées ainsi.
Un jour (j’avais beaucoup bu), j’ai craqué. J’ai proposé à mes « frères » de changer de vie. Depuis longtemps, j’avais repéré cette banque en ville, près d’un restaurant, c’était l’occasion de tenter un gros coup. Pendant 2 jours, nous avons monté un plan, quelque chose de très artisanal. On n’était pas des pros : le plus simple serait le mieux : on rentrerait, on viderait le coffre, on s’en irait, on s’effacerait, on referait sa vie !

Le jour du coup approchait. En dormant, je pensais à ma nouvelle vie : je changerais de nom, j’habiterais à Las Vegas, j’aurais un bon travail, une femme que j’aimerais autant que le fils que j’aurais eu avec elle...

Enfin le jour J, 18 heures : On a pensé, repensé à tout, préparé la camionnette, les armes, les sacs... On s’est dirigé tranquillement vers la banque. Le mot d’ordre : rester calme, ne pas verser de sang inutilement. Nous sommes arrivés, la camionnette placée de façon stratégique devant la banque, on en est sorti - en bons débutants, nous n’avons pas pensé à laisser un chauffeur pour démarrer le plus vite possible quand nous allions revenir les sacs remplis d’oseille. On est rentré dans la banque, on a sorti les armes, un d’entre nous a crié « Hold Up ! » , tout le monde s’est mis à hurler et s’est jeté par terre...

Tout se passait bien, nous faisions nos petites affaires calmement, lorsqu’un individu - un client - est rentré brusquement dans le bâtiment, un des nôtres, surpris, a tiré. Panique générale, l’enfer commence, les gens s’affolent, crient, courent dans tous les sens. On saute dans la camionnette. Les sacs ? Vides. On démarre en trombe, on entend déjà la police rappliquer. S’en suit une course poursuite à travers les rues de la ville. Je conduis comme un fou, je fonce sans faire attention aux voitures, ni aux piétons. La cavalerie est toujours à nos trousses, je tourne brusquement à droite, cul-de-sac , les freins me lâchent. C’est le crash !

Je ne sais plus où je suis, est-ce l’enfer ? Quand j’ai retrouvé mes esprits, j’ai appelé mes frères : aucune réponse ! Un policier m’a sorti de la camionnette, encastrée dans le mur. Apparemment, je suis le seul survivant, intact en plus... Bilan de la course : sept passants écrasés, huit voitures disparues dans un nuage de fumée, trois amis perdus...

Au tribunal, j’ai payé le prix fort : peine capitale. On m’enferme en taule, je vis désormais chez les fauves.

La vie en prison est difficile, je fais des cauchemars toutes les nuits : la faucheuse vient gratter à ma porte toutes les nuits mais ne rentre pas. Les journées ne changent pas beaucoup d’avant, je ne fais rien. A la cantine, on mange froid, dans des assiettes sales, les regards sont glacés, l’atmosphère est tendue. On nous fait également tourner en rond pendant une ou deux heures par jour dans une cour... J’en ai marre, je suis fatigué, j’aimerais rentrer dans mon quartier, les remords viennent petit à petit. Je pense à ma mère : comme elle doit s’inquiéter ! J’aimerais la prendre dans mes bras, lui dire que je l’aime. Une larme tombe de ma joue et vient s’écraser au sol...

Dernier jour, dernier lever de soleil, dernier déjeuner, dernière tartine beurrée. Les regards changent tout autour de moi, tout le monde sait, je sens leur pitié m’étouffer. J’ai le droit à un traitement de faveur : douche, parfum, cigarettes à volonté... Je m’isole. Je refais ma vie dans ma tête (encore). Si j’avais été à l’école, si je n’avais pas passé mes journées dans la rue, si je n’avais pas braqué, enfin, c’est fait, tant pis... Enfermé dans une pièce, le pasteur entre, on vient me chercher. Mes derniers pas, dans un long couloir, traversé en 30 secondes, nous entrons dans une salle, j’ai les yeux bandés. Je meurs d’envie de les supplier mais je n’ai pas le droit. J’ai commencé un jeu, la partie n’est pas encore finie. J’entends des voix autour de moi, des bras m’empoignent et guident mes pas. Je butte sur une chaise. Attaché, je ne peux plus bouger les poignets.

J’attends...

Quentin R.

Deux jours dans la vie de petite Lin

Terrorisée, épuisée par le voyage, la famille Tao vient d’arriver à l’aéroport de Paris où, d’un œil soucieux elle essaie d’éviter tout contact avec les forces de l’ordre : la famille Tao vient de Chine et en est partie de toute urgence parce que madame Tao est enceinte .En Chine, une femme ne peut avoir qu’un enfant mais il y a déjà Lin, une gentille petite fille de sept ans, qui sait lire, écrire et parler français. Ses parents, eux, se sont fait prendre leurs papiers par les passeurs. Ils devront donc travailler clandestinement en France et essayer d’obtenir des papiers officiels. Et pourtant, Lin ira à l’école en France. Voici son histoire.

Ce matin, comme d’habitude, Lin retrouve Mattéo, son ami qui l’a accueillie très gentiment dès qu’elle est arrivée à l’école du village. Ce jour-là, toute timide, Lin était entrée dans la classe. La maîtresse l’avait présentée, simplement et tout s’était bien passé. A la récréation, tout le monde avait été autour d’elle et lui avait posé des questions : « C’est beau la Chine ? », « Pourquoi as tu quitté la Chine ? », « Tu as déjà vu la grande muraille ? ».La pauvre Lin n’avait pas su à qui répondre en premier. C’est à ce moment là qu’elle avait aperçu pour la première fois Mattéo qui allait devenir son meilleur ami, elle se confiait à lui et lui faisait confiance, Il est le seul à connaître son histoire et la situation de ses parents, mais n’est jamais allé chez elle : Lin a honte de sa vie, de sa maison...
Tous les matins, ils se retrouvaient devant le Café du marché à mi-chemin de leurs maisons respectives. Et ils allaient, main dans la main, jusqu’à l’école. Quelquefois, Mattéo cueillait une fleur pour Lin qui l’acceptait volontiers. A l’école, ils étaient toujours ensemble : en classe, ils étaient assis à côté l’un de l’autre, à la récréation, ils jouaient ensemble.

Pour les parents, la vie était moins facile. Ils travaillaient dans une entreprise clandestine de vêtements. C’était un travail très dur. Madame Tao peinait de plus en plus à cause du bébé qu’elle attendait. Il lui arrivait d’être prise de malaise. Le papa s’inquiétait et tout ça, sous les yeux de Lin qui avait peur. Peur pour sa maman, peur d’être découverte par les policiers.
Un jour de mai, Madame Tao, prise de contractions, comprit ce qui se passait : elle allait accoucher. Par chance, elle se trouvait près de l’hôpital. Les médecins s’occupèrent immédiatement d’elle. Alors qu’elle souffrait atrocement, elle ressentit quelque chose qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant : un mélange de bonheur de voir ce petit être innocent, mais aussi de l’inquiétude quand elle pensa au destin qui l’attendait, la peur et le secret.

Alors que Madame Tao dort maintenant d’un sommeil tranquille auprès de son fils, les médecins s’interrogent sur elle : « Qui est-elle ? », « Pourquoi ne parle t-elle pas ? », « A-t-elle quelque chose à cacher ? ».Autant de questions qui restent sans réponse. De plus elle n’a pas les papiers nécessaires pour donner à l’enfant une identité. Les médecins préviennent la police.

Une demi-heure plus tard, Madame Tao se réveille avec, en face d’elle deux policiers. Le verdict tombe : elle et sa famille doivent quitter la France dans les plus brefs délais. Monsieur Tao apprend la nouvelle de son rapatriement avant même d’apprendre la naissance de son fils. Lorsque Lin découvre la vérité par son père, elle reste stoïque bien qu’elle ait envie de pleurer. Une seule chose la préoccupe : le destin de son jeune frère, lui qui n’a même pas de nom.

Le lendemain, la police les embarque dans l’avion. En Chine, la mort du bébé, la misère, la honte d’avoir fui lâchement le pays attendent la famille. Ce matin-là, Madame Lemaunier annonce à toute la classe que Lin ne viendra plus à l’école et pour Mattéo, le monde s’écroule soudain.

Maud & Lydie

Le silence de la mort

16 ans. C’est l’âge où elle est tombée enceinte.

Elle, c’est Lucie.

Être mère à 16 ans était impensable pour elle, « on ne voit ça que dans les films » se disait-t-elle. Elle pensait être au-dessus de tout cela et pourtant, c’est-ce qui arriva.

A cet âge là, on ne pense qu’à sortir, aller au lycée, voir ses amis, transgresser les interdits, vivre le moment présent tout simplement. Mais contrairement à la plupart de ses amis, Lucie pensait avant tout à son avenir. Quand elle parlait d’avenir, elle voyait « études » et non pas « enfants ». Caissière dans le super marché du coin ? Non très peu pour elle. Lucie visait haut. Ce qu’elle voulait, elle, c’était faire des études longues pour devenir journaliste. C’était son rêve depuis l’âge de 11 ans.

Déjà à l‘époque, elle s’intéressait à tout, posait mille questions sur ce qui l’entourait, se mêlait de la vie des gens comme on se mêle dans une foule compacte et inexplorée. Chaque fois que l’occasion se présentait, elle allait à la pêche aux infos et évidemment, ce n’était pas du goût des gens de son quartier. Il faut croire que la vie fait bien les choses ou plutôt mal, cela dépend de quel point de vue on se place, mais la vapeur s’est vite inversée avec le temps. La nouvelle de sa grossesse, que Lucie avait à tout prix essayé de cacher, parvenait peu à peu, par des rumeurs, aux oreilles indiscrètes des gens de son quartier.

En effet, les signes de sa culpabilité se faisaient de plus en plus évidents. Des rondeurs nouvelles et les vomissements récurrents. Au lycée ses amis la taquinaient, essayaient de savoir la raison de ses rondeurs. Elle se sentait de plus en plus menacée. Elle ne disait la vérité à personne, pas même au père du bébé, car elle ne voulait pas lui imposer une charge supplémentaire, trop lourde pour son âge. Qui voudrait d’un enfant à 16 ans alors que l’on n’a même pas profité de la vie et qu’on sort à peine de l’enfance ? Pour cacher ce ventre qui grossissait à vue d’œil, Lucie portait des vêtements aussi larges que possible. Son alimentation changeait également. Lucie mangeait de moins en moins. Peut-être espérait-elle ne plus grossir... perdre l’enfant.

Quatre mois étaient déjà passés et Lucie ne savait toujours pas comment s’en sortir. Le dire à ses parents était impossible car dès lors, elle n’en aurait plus.

Se voir toute nue, était pour elle un supplice. Devant ce corps tout maigre dénué de formes féminines, seules la rondeur de son ventre et de cette poitrine, témoignaient de sa féminité.

Personne ne se rendait compte de son désespoir.

Un jour, alors que comme à son habitude elle n’avait rien mangé, elle était sur son lit, à moitié endormie, elle ressentit tout à coup une douleur lancinante qui provenait du fond de son ventre.
Elle se réveilla d’un coup, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, et posa instinctivement ses mains sur son ventre, espérant ainsi faire disparaître la douleur. Mais rien n’y fit. C’était comme si on lui arrachait les entrailles. Elle hurlait de douleur mais personne ne venait à son secours : elle était seule, tout comme elle l’avait été durant ces trois mois, remplis de tourments. La douleur s’amplifia et devint de plus en plus aigüe. Elle ne savait quand et comment cesserait cette torture. Après plusieurs minutes d‘agonie, la douleur diminua petit à petit, tout comme les battements de son cœur.

Personne ne saura jamais ce qu’a vécu Lucie durant ces quatre mois, personne sauf toi, lecteur, qui comprendra alors, que le silence n’est pas toujours la meilleure solution.

Asma.

Spécimen de gymnaste (mâle et femelle)

Dans la banlieue de Nantes, derrière un parc verdoyant traversé d’allées de graviers, se dresse un bâtiment rouge et gris : le gymnase Toulouse-Lautrec. Située dans un quartier récent, cette salle n’a qu’une quinzaine d’années, et se veut une des plus modernes de la ville. Le gymnase en lui-même est divisé en cinq pièces : les deux vestiaires pour les filles et les garçons, la salle des entraîneurs, le bureau et enfin la salle de gymnastique proprement dite. Dans chaque vestiaire se trouve une trentaine de portemanteaux, trois bancs de bois gris, deux toilettes, deux lavabos surmontés de miroirs et cinq douches carrelées de blanc du sol au plafond. Légèrement plus vastes, ceux des filles empestent les déodorants et parfums. Aucun des deux ne possède de chauffage, ce qui empêche les jeunes sportifs d’y bavarder trop longtemps en hiver. Le bureau, lui, est chauffé. On y trouve un ordinateur, des étagères encombrées de coupes et de trophées sur les quatre murs, ainsi que trois grandes armoires métalliques recouvertes de coupures de journaux où la secrétaire de l’association range les dossiers d’inscription et tous les papiers officiels ; deux larges fenêtres éclairent la pièce et les néons au plafond prennent le relais à partir de dix-sept heures en hiver et dix-neuf en été.

La salle d’entraînement est divisée en deux. À gauche ce sont les agrès masculins : trois barres parallèles, deux barres fixes, un cheval d’arçon, deux anneaux et un trampoline. À droite se situe la partie des filles avec cinq poutres, deux barres asymétriques et un autre trampoline. Dans le fond de la salle on aperçoit une piste d’acrobatie et un long et fin tapis se terminant par une planche de saut. Le matériel de musculation se trouve dans un coin de la salle. Enfin, au centre, le praticable bleu à bordures jaunes achève le décor. D’inconfortables gradins verts en escalier sont disposés de part et d’autre de la porte d’entrée.

Pierre et Marie fréquentent ce gymnase depuis leur plus tendre enfance. Pierre y faisait ses premiers pas alors que sa sœur y effectuait sa première compétition, il y a quinze ans de cela. Elle y gagna aussi sa première fracture du pilon tibial droit. L’ancienne salle ne respectant plus les normes de sécurité, on l’avait abandonnée aux écoles du quartier. Marie se souviendrait toujours sans regret du parquet grinçant, des lucarnes sales laissant entrer bien trop peu de lumière et du plafond bas, empêchant les jeunes de faire du trampoline. Seule l’odeur avait suivi les gymnastes dans leur nouvelle salle, et dès quinze jours, on la sentait partout. Une odeur âcre de transpiration, à laquelle se mêlaient celle acide de la magnésie et celle sucrée de la laque.

Marie et Pierre passent quotidiennement plus de deux heures et demi à l’entraînement, visant toujours plus haut, tentant toujours plus de difficultés et recommençant inlassablement après chaque échec. La persévérance est une qualité essentielle lorsqu’on veut faire du sport à un haut niveau.

Pierre entre dans la salle, se dirige vers les vestiaires, serrant des mains au passage. Il se place en face du sixième portemanteau, le sien, enlève ses chaussures qu’il laisse perpendiculaires au mur, et commence à se déshabiller. Il pose d’abord le manteau sur le crochet, puis le pull, le pantalon et enfin le tee-shirt, toujours dans cet ordre : ça le rassure et lui laisse penser qu’il réussira mieux ses exercices. Il est comme ça Pierre, un peu superstitieux. Un peu maniaque aussi peut-être. Il enfile le short court qui fait la tenue du gymnaste et part s’échauffer. Il ne s’attarde pas dans les vestiaires, il y fait trop froid.

Pierre fait partie de l’équipe critérium excellence cadet masculine. Spécialiste des barres parallèles et des anneaux, ses mains calleuses laissent deviner les heures qu’il passe sur ces agrès. De vraies mains de menuisiers, dures et rêches, abîmées par les ampoules et les crevasses dues aux frottements contre le bois des barres malgré les maniques de cuir. Il se passe rarement une semaine sans que quelqu’un dans la salle ne s’arrache une partie de la paume à cause de trop nombreux soleils. Mais jamais on ne se plaint. Quand cela arrive, on met un peu de cicatryl, un bandage et on n’en parle plus. Souffrir en silence est le lot de nombreux gymnastes.

Maintenant, Pierre fait des tractions : trois séries de quinze. Des gouttes de sueur perlent sur son front et dégoulinent le long de ses tempes et de son dos. Ses mains moites sentent fort à cause de la magnésie et de la transpiration. Il lâche la barre fixe et ses biceps roulent tandis qu’il amortit sa chute sur le tapis de mousse bleu. Encore un avantage de la gym : on gagne un corps sculptural aux longues heures de labeur. En effet, tout comme ses camarades, Pierre n’aurait pu servir de modèle à Giacometti, mais aurait fait un excellent ouvrier pour Vera Moukhina. Et c’est dans ces exercices demandant force, rigueur et concentration qu’un gymnaste parvient à oublier ses soucis de la journée, et tente un certain dépassement de lui-même.

Pendant ce temps, Marie évolue à la poutre. Elle s’est mis un peu de magnésie sous les pieds pour ne pas glisser et enchaîne des souplesses arrières et des flips. Au bout de trois, elle tombe et se cogne le genou : un bleu de plus, quelle importance ? Elle remonte sans rien dire, pousse sur ses bras musclés, pose un genou sur la poutre, se redresse et réajuste le justaucorps de lycra rouge qui lui colle à la peau. Elle se concentre pour rester en équilibre sur l’agrès, qui ne mesure que dix centimètres de large. Son entraîneur hurle aux gymnastes de tendre les pointes, lever la tête, descendre les épaules et sourire. Elles obéissent. Son exercice terminé, Marie descend de la poutre et détache ses cheveux pour refaire sa queue de cheval qui conserve la marque du chouchou à mis longueur. L’importante quantité de gel utilisée pour maintenir en place les mèches rebelles donne à sa chevelure châtain des reflets roux à la lumière blanche des projecteurs. Marie passe l’élastique à son poignet abîmé par les sangles, assemble ses cheveux et les rattache, bien tirés pour qu’il ne puissent se défaire dans ses pirouettes.

Marie rejoint la barre de danse pour faire quelques jetés de jambes. Puis elle se met en souplesse. Le grand écart lui tire sous les cuisses et oblige la jeune fille à se détendre pour ne pas trop avoir mal. Maintes fois ces étirements douloureux, les remontrances de son entraîneur et l’impression de ne pouvoir atteindre ses objectifs auraient dû la faire renoncer. Mais, avec le temps, une dépendance s’est installée, tant physiologique que psychologique, et Marie, tout comme ses coéquipières, ne pourrait imaginer sa vie sans la gymnastique.

Rémi, à la manière de H. de BALZAC dans le Cousin Pons (le couple CIBOT).

La Haine de l’Amour

C’est un petit grain d’or que l’on trouve un beau jour
sur le bord de la route : il s’appelle l’Amour.
Hélas, gentil Bonheur, ta famille est vilaine
car ta sœur jumelle n’est autre que la Haine.
Tous deux sont fruits d’une ardente passion
nous menant, pas à pas, à notre destruction.
Un grand chagrin d’amour peut causer notre perte :
notre ami nous délaisse et l’espoir nous déserte.
Quant à l’affreuse Haine, elle peut nous rendre fous :
nous sommes prêts à tout pour calmer nos courroux ;
peu importe comment, peu importe les armes !
C’est déjà trop payer que de verser des larmes !
Un cœur sec, des yeux clos nous mènent sans détour
vers la seule couleur : la Haine de l’Amour.

Rémi.

Le Jojoparkss

Le Jojoparkss sillonnait la France depuis des décennies. Nicolas Pazzi appartenait à l’une des familles de forains qui, chaque nuit, de génération en génération, faisaient vivre des attractions bruyantes et colorées.

L’enfance de Nicolas avait été celle d’une grande majorité de forains : un perpétuel voyage, entrecoupé d’étapes... Il avait fallu entrer dans une nouvelle école à chacune d’elles. Nicolas avait glané çà et là quelques bribes de connaissance, appris à lire, à écrire ce qu’il fallait de mots ... vivre dans une caravane n’est guère propice à une bonne instruction.

Dès seize ans, le jeune homme avait travaillé dans le stand de son père comme cela se fait couramment dans le milieu. Il avait eu tôt fait de découvrir tous les aspects de la vie, si bien qu’à quarante-cinq ans il pouvait arborer l’expression d’un vieillard.

Nicolas était assez petit et trapu. Habitué à dormir le jour pour travailler la nuit, comme le voulait son métier, il avait vu son visage, avec l’âge, se fissurer de rides pour ressembler à un coquille de noix. Ses paupières s’étaient épaissies à force de protéger ses yeux des lumières violentes des machines à sous.

Cependant, malgré l’air ravagé qu’une vie d’homme de fête donne immanquablement quand vient la vieillesse, malgré les cheveux sales et frisés, les dents noires et la peau usée, il était de ceux qui savent mettre en confiance d’un seul large sourire .Il avait ce charisme si propre aux forains que peu de commerçants possèdent. Et c’était toujours de cette voix, si rauque, mais si chaleureuse, qu’il annonçait au client : « Pour deux jetons achetés, le troisième est gratuit, profitez en ! ».

Moïse


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